[Du côté des lecteurs] « Méta Myth (ou le roman qui voulait apprendre à danser) »

 

EXTRAIT D’UNE CONTRIBUTION DE MARTIN GIVORS,

À PARTIR DU MANUSCRIT MYTH(E) VERSION JUIN 2015

(en recherche de publication pour revue scientifique)


(…) Kérouanton écrit. Sur la danse, avec la danse, pour la danse, à partir de la danse, contre la danse, pour la littérature ? La danse et ses danseurs, ses chorégraphes, ses spectateurs. Bref. Il écrit quoi, sans nul doute. Mais telle est la question. Il écrit quoi ? Peut-être la danse d’un roman « se faisant »[5], qui saute chute roule se relève et recommence, malgré ses blessures et la lumière qui refuse de poindre au bout du tunnel. Un roman qui se plante, donc qui pousse. Et qui rêve, à l’instar d’un certain Sidi Larbi Cherkaoui, d’« aller dans toutes les directions à la fois »[6]. En attendant l’évaporation, Kérouanton arpente, pérégrine ; Myth(e) est comme une marche à travers l’écriture, de la danse comme de la littérature.

Il sera aussi l’objet de la présente (trop courte) étude, laquelle se destine à l’analyse des chemins de traverse empruntés par un écrivain pour écrire la danse sans préposition. Mon approche sera dite « médiologique », en ceci qu’elle s’attachera à interroger le roman, voire l’acte d’écriture même, comme chaînon d’un processus de transmission des expériences : du danseur au regardeur-auteur, du regardeur-auteur au lecteur-spectateur-virtuel (que je suis). L’article sera construit, plus spécifiquement, autour de la question suivante : traduire, est-ce parler de soi ? Ou plutôt, quelles traces des systèmes de perception propres à l’auteur la traduction laisse-t-elle apparaître ?

Nous choisirons d’aborder ces questionnements en interrogeant la dimension méta-cognitive de l’écriture de Kérouanton, c’est-à-dire l’ensemble des procédés par lesquels l’auteur observe et questionne ses propres processus cognitifs. Quels types d’informations sur le spectacle donne-t-il à lire ? Sous quelles formes ? Quelles représentations de Myth en émerge-t-il ? En somme, il s’agira d’envisager l’acte d’écriture à vocation documentaire comme le dessin de l’agencement d’une expérience, – un suivi de création -, dans le vaste réseau d’une existence, – celle de l’auteur.

Rendre palpable l’expérience de la danse, la voie méta-cognitive

« Tout ce qui est crucial se passe dans l’ombre »[7]. De là à dire que l’important ne se déroule pas sous les feux des projecteurs, il n’y a qu’un pas. Myth(e) ne sera donc pas le récit factuel des gestes effectués au plateau par les danseurs. Myth(e) n’a rien d’une notation, parce qu’une notation ne parle pas de la même chose que Myth. Myth(e) traite de l’expérience de la danse. Pas uniquement de sa réception, mais de sa métabolisation : salivation, décomposition, absorption, nutrition, excrétion.

L’expérience de la danse dont fait état Kérouanton est donc l’un de ces processus internes, à l’ombre de notre chair, qui advient lorsqu’un corps de regardeur se retrouve dansé par un corps de danseur. Elle est avalanche de sensations jaillissant en tout point du corps, constellation sensible.

L’expérience de la danse est donc une rencontre, Myth(e) l’histoire d’une incorporation, l’histoire d’un corps recevant d’autres corps. (…)


[5] DEBRAY, Régis, Histoire des 4 M, Les cahiers de la médiologie : une anthologie. Paris : CNRS éd., 2009, p.13.

[6] BOISSEAU, Rosita. Panorama de la Danse contemporaine . Paris : Textuel, 2008, p.110.

[7] KEROUANTON, Joël. Myth(e), p.113.