Rose is the rose…

À PROPOS DE LA CRÉATION THÉÂTRALE « ROSE IS A ROSE EST UNA ROSAS EST UNE ROSE », BENOIT BRADEL, CIE ZABRAKA, 2013.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’entretiens un rapport ludique avec le travail de Benoît Bradel.

Ça a commencé par un livre, Balises Xp [1], où nous nous sommes amusés, avec des membres du lycée expérimental de Saint-Nazaire, à recevoir le spectacle Napoli Napoli de façon créatrice, sous forme d’« attrapes-traces » (écriture, dessins). En matière de regard, les possibilités sont pléthores pour sortir du fameux « j’aime/j’aime pas », formuler une critique, une pensée, et dire la poésie : ce qui reste de vivant en nous une fois le spectacle achevé.

 

Pour Rose is a rose…, ça a été une autre affaire. Je n’ai pu attendre la tournée à Saint-Nazaire, je l’ai donc « prédit ». Résultat : une soirée Imagine !, toujours avec les membres du Lycée expérimental, en partenariat avec le théâtre Athénor et la médiathèque de Saint-Nazaire. Une expérience ouverte au public pour écouter, lire, dire, écrire, et entrevoir les milliers de processus qui font de nous des spectateurs de Rose is a rose… avant même que le rideau se lève.

Avec ce projet Imagine ! j’ai passé une année à rêver l’adaptation scénique de The Word is Round.

A l’heure où j’écris ce texte, ça fait maintenant deux mois que j’ai vu Rose is a rose… Que reste-t-il de vivant en moi ? Je dirais que Rose is a rose… est fidèle à Gertude Stein dans la vitesse et les spirales de la langue. Mais libre, très libre dans le découpage et le collage, dans une certaine « réécriture ».

J’ai revisité le texte The Word is Round, l’ai relu, en quelque sorte, porté par des acteurs-danseurs-musiciens, joueurs du texte autant que joueurs au plateau, s’amusant comme des enfants s’amusent, et je me suis dit : ça aurait pu durer ainsi deux, trois heures, j’y serais encore, dans ce tourbillon bilingue, ces sons de guitares électriques ou ces corps dansants.

Personnellement, le texte – rien que le texte – m’aurait suffit. Aussi, la surprise sera grande de constater que cette bombe linguistique soit à ce point contagieuse et innerve le mouvement des interprètes, le ton musical (pop, très pop). Comme si Benoît Bradel et ses acolytes étaient parvenus à consigner dans leur geste ce que l’expérience de lecture de The Word is Round a produit dans leur for intérieur. Et ils l’ont fait avec la dinguerie qui s’imposait.

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Texte _ Joël Kérouanton,
venu en spectateur au Théâtre Universitaire à Nantes, le 22 janvier 2014.

Spectacle _ ROSE IS A ROSE… (création 2012), d’après « The world is round » by Gertrude Stein

Mise en scène _ Benoit Bradel
avec Fanny Catel, Seb Martel et Julie Moreau

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photo _ capture d’écran d’une vidéo filmé à L’Aire Libre le 18 octobre 2012 par Faustine Beuve


Note :
[1] Balises Xp, Joël Kérouanton (avec le lycée expérimental), Nuit Myrtille éditions, 2012. | Retour au texte