[Livre en cours] déclaration d’amour et d’anxiété

Copyrightdepôt.com Numéro 00049998-1 –
Pages : 67
Date : 19.01.2015
4ème de couv.
Invité à écrire dans un atelier d’analphabétisation – un « ouvroir à lettres » – Joël Kérouanton restitue la mémoire des participants, la plupart des femmes issues de l’immigration.

Dans un récit où l’auteur ne s’épargne pas, sont restituées les trajectoires de ces « femmes venues d’ailleurs », le tiraillement entre leur langue maternelle et la langue du pays d’accueil, le fort désir d’émancipation pour leurs enfants (et pas toujours pour elles-mêmes), le rôle sensible de « l’animatrice-en-chef de l’atelier, – appelons-là « la Dame », avec qui, par qui, contre qui et pour qui l’auteur écrira au final une nouvelle ponctuant ce récit.

Extrait :

  T’arrives dans ce Palais sacré. On y accueille les éblouies et tous les rejetés, les naïfs, les fragiles et les paumés.

Le Palais ? Un refuge, La Mecque locale, le luxe près de chez soi, un espace où se rendre quand on a nulle part où aller, un lieu par défaut qui devient résidence secondaire sans la piscine, un endroit de femmes plus que d’hommes.

   Pour se rendre au Palais faut avoir envie. Du centre-ville, deux kilomètres à douze pour cent, la plus grande côte de la région. Une ligne droite qui remonte de la vallée de la Marne, direction le plateau de betteraves à sucre. Pas de piste cyclable, peu de bus, pas de train. Si t’as pas la 4 roues, t’es foutue. Et nombre d’usagers du Palais n’ont pas la 4 roues.

   Les éblouies ont quitté leur pays d’ailleurs pour se retrouver dans un quartier en dehors du monde. Tout près du Palais se trouve un petit commerce boulangerie-tabac-presse-épicerie. L’unique café a fermé ses portes tandis qu’ils sont deux mille cloîtrés dans des immeubles années soixante, perchés sur la montagne picarde, au banc des blancs restés dans la vallée du Champagne.

   Tu bois le thé et avales un croissant en compagnie des responsables du Palais. Ça rit, ça blague, ça chahute, ça raille, ils sont cool, ne se bilent pas, eux. Ils ont de l’ambition pour celles et ceux qui fréquentent les lieux. Ils t’accueillent pour « faire écrire et parler » les éblouies en atelier d’alphabétisation (appelons-le « louvroir à lettres ») dans la salle n° 7, à droite au fond du couloir. Un ouvroir à lettres axé sur la mémoire. La mémoire des éblouies venues d’ailleurs.

  Le Palais et ses partenaires te passent une commande : Un ouvroir à lettres, Un territoire, Un écrivain, Douze éblouies… Remuez le tout et produisez-nous un texte.

   Le Palais te nomme fixateur des mémoires, tisseur de lien entre les générations, liant de territoires qui ne se parleraient pas.