Balises Xp

Présentation par l’éditeur : Balises Xp

Revue de presse 

Lettre à l’attention de l’association des amis du Lycée expérimental de Saint-Nazaire. Audio ou texte

Référence : Balises Xp (avec le Lycée expérimental de Saint-Nazaire, Lille, Nuit Myrtide éditions (soutien revue Art, culture et société Cassandre/Horschamp), 2012, 185 pp.

En gros, notre écritoire bringuebalait entre des questions sur le fond (qu’a-t-on à dire ?) et des questions sur la forme (comment dire ?), nous n’hésitions pas à nous farcir des supplices comme : « qu’est-ce que BALISES Xp apporte de plus aux écrits traitant de la réception des oeuvres ? », « qu’est-ce qu’elle pervertit ? » « quel pas de côté faisons-nous pour entraîner la création d’un nouveau genre, pour alimenter la littérature ? »

On n’y allait pas de main morte.

Nous étions cependant les premiers surpris : les choses les plus simples nous donnaient des idées.

J’ai beaucoup ri quand un professeur détourna un extrait du Neveu du Rameau de Diderot, le pénétra dans ses profondeurs les plus intimes, jusqu’à être complètement dépassé par son expérimentation littéraire – et ce fut bon signe pour l’avenir de son texte. Le pauvre homme ne se remit pas de sa pénétration textuelle, comme si, ivre d’alcools ou de substances illicites, il avait fait une connerie dans une fête et, le matin venu, se dirait merde j’ai fait ça.

J’ai adoré quand une expérimentalienne passa sa journée et sa nuit à réécrire un texte d’un pair, persuadée que la grammaire et quelques changements de mots pouvaient suffire à passer, je cite, « d’un texte un peu paysan sur les bords » à un texte « aux mots civilisés ». Elle et les écoutants en conclurent qu’on ne change pas comme ça la structure d’un texte : on élabore une nouvelle structure, ou rien.

J’étais tout émotionné à l’écoute d’une déclaration d’amour polyphonique adressée à l’homme Bradel, au metteur en scène Bradel, au comédien Bradel. Un texte à trois voix, où chacune des voix s’entremêlait l’une à l’autre, de sorte qu’on ne savait pas à qui la narratrice s’adressait réellement.

J’ai souri quand une expérimentalienne lista tout ce que nous n’avons pu faire.

J’ai aimé quand un professeur rééééééécrivit le texte d’un de ses collègues (sept versions auront été nécessaires pour y venir à bout) à la manière du poète sonore Anne- James Chaton. Les sept versions produites, l’assemblée se demanda si la première version n’était pas, tout compte fait, la plus forte.

Je me suis tu face à la présence d’un expérimentalien commentant, critiquant, déployant toutes les traces produites par ses pairs. Un expérimentalien insomniaque, trop vivifié par la vie. Toujours sur le qui-vive quand il s’agissait d’immersion littéraire. Un expérimentalien qui parvenait, bon an mal an, à contrôler sa façon de voir, à la contrer pour arriver à plus de fraîcheur. Il parvenait, j’en étais quasiment certain, à être dépaysé par ce qu’il était en train de faire. Plus que son écriture (il était relativement taiseux sur ses propres textes), sa présence marqua l’assemblée.

J’ai pleuré à l’écoute d’un texte d’une expérimentalienne  traitant du vide ressenti à la réception des oeuvres de Guillaume Leblon.

J’ai tremblé au regard de la somme de travail qui nous

attendait.

J’ai respiré quand, après un écritoire tirant jusqu’à 1h30 du matin, l’ensemble des participants se trouvaient d’attaque dès l’aurore. Y sont où les glandeurs ? j’ai dit.

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« Balises Xp », Joël Kérouanton (avec le lycée expérimental), page 15.