Xp

Présentation par l’éditeur

Revue de presse 

Lettre à l’attention de l’association des amis du Lycée expérimental de Saint-Nazaire. Lecture audio ou texte

Référence : xp, Lille, Nuit Myrtille éditions, 2009, 40 pp.

(…) Pour répondre à la vie il existerait différentes possibilités. L’abrutissement et le suicide seraient les possibilités offertes par la société actuelle. L’autre option, que nous privilégierons, ouvrira à une révolution ludique à base d’expérimentations.

NOUS expérimenterons, en co-construction – comme c’est écrit dans le projet pédagogique – la gestion des services, de la vie en collectivité et les relations avec l’extérieur ; NOUS assurerons la restauration, le service en salle, la cafétéria, les courses, l’entretien, jusqu’aux toilettes, le tout en musique ; NOUS ferons le secrétariat, l’accueil, la comptabilité, le tout en musique ; NOUS nous occuperons de la bibliothèque, de l’audiovisuel, du photocopieur, le tout en musique ; NOUS rédigerons et publierons le Journal de gestion, le tout en musique.

Mais, pour rester dans un périmètre qui m’est cher, NOUS procéderons, toujours ensemble (et en musique), à des expérimentations artistiques. NOUS serons spectateurs, ensemble, face à un même objet culturel. Que cet objet soit à réception directe (spectacle) ou différée (sculpture, livre). NOUS assisterons à des spectacles vivants présentés par le théâtre Athénor, NOUS attacherons notre regard aux installations du Centre d’art contemporain le Grand Café, NOUS rencontrerons des invités de la Maison des écrivains et traducteurs étrangers (MEET). NOUS tendrons vers une «réception créatrice», à l’opposé de la classique «consommation culturelle». NOUS démontrerons que si l’art crée de la liberté, au sens le plus concret, comme souplesse, comme création de possibles, c’est tout autant chez celui ou celle qui le pratique que chez celui ou celle qui le reçoit, corrélativement. Car chacun peut produire du sens à partir d’une œuvre. Le sens ne préexiste pas. Le sens se produit dans la rencontre. Le sens est vivant.

NOUS mettrons sur le même plan le rapport à l’œuvre (ce que je vois), le rapport au public et à l’espace (ce que je vis avec les autres spectateurs) et le rapport à soi (ce que je me raconte). À l’instar de l’ami Marcel Duchamp, NOUS considérerons que le regardeur fait l’œuvre. Et notre œuvre, NOUS la ferons émerger sous forme d’attrapes-traces – écriture, dessins, photographies : en matière de regard, les possibilités sont pléthores pour sortir du fameux «j’aime/j’aime pas», formuler une critique, une pensée, et dire la poésie : ce qui reste de vivant en nous une fois l’exposition, le livre ou le spectacle achevés (…)